ELECTRICITE


SOMMAIRE:

Index

1. Un peu d'histoire.

2. Electrostatique

3. De l'électrostatique au courant continu.

4. Effet calorifique.

5. Le courant dans les liquides et les gaz.

6. Les effets magnétiques.

7. Les courants alternatifs.

8. La propagation de l'énergie électrique.

 

 

 

 

 

 

 

1. Un peu d'histoire:

 

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L'électricité est une base dans la description de l'Univers , depuis l'atome où la force électrique joue un rôle fondamental dans la stabibilité de cet élément, jusqu'à des phénomènes plus spectaculaires tels que l'éclair et les aurores boréales. Les forces électriques sont partout présentes , y compris dans la propagation des ondes électromagnétiques et plus particuliérement de la lumière.

La manifestation naturelle de la tension électrique, par ailleurrs la plus spectaculaire, est sans conteste le phénomène de la foudre et de ses conséquences, éclair et tonnerre. Sous sa forme naturelle, l'électricité se révèle à nous par ses effets optique et acoustique, par l'intermédiaire de nos deux sens, la vue et l'ouïe.

 

Connue depuis la plus Haute Antiquité, par l'observation de phénomènes naturels (éclairs par exemple) et de leurs conséquences , les premières manifestations connues, contrôlées et provoquées , remontent au IV° siècle avant J.C. Thalès nota que de l'ambre jaune frotté peut attirer de petits objets (l'ambre jaune se dit en grec elektron. , à l'origine du mot électricité). Corrélativement, il montra que le fer est attiré par la pierre d'aimant, bien entendu sans faire le lien entre ces deux phénomènes.

Mais l'observation de ces deux phénomènes ne conduisit à aucune application; ils restérent des curiosités, que Thalès attribua à une ame vivante possédée par la matière, Platon à une sorte de respiration de cette dernière. Ce n'est que plus tard, au premier siècle de notre ère, que Pline l'Ancien et Plutarque montrèrent que cette électrisation était due, non pas à une propriété intrinsèque de la matière, mais au traitement subi par elle (frottement).

 

Les aimants naturels. Les propriétés de l'aimant naturel sont connues depuis la plus haute Antiquité, et même utililisées dans la fabrication de la boussole asiatique. Mais c'est vers la fin du XVI° siècle que le magnétisme fut méthodiquement étudié.

A cette époque, les blocs de magnétite, taillés en forme de sphère (Terrellae) étaient l'objet de spéculations philosophiques sans rapport avec l'expérimentation et encore moins avec la véritable nature du magnétisme.

 

Les premières applications du magnétisme datent du III° siècle de notre ére, avec la fabrication de la boussole asiatique dont on connait plusieurs types :

- une cuiller de magnétite mobile sur du marbre poli, et qui servait surtout à la divination;

- des aiguilles aimantées flottant sur de l'eau, grace à un support en roseau, dont la direction indiquait le nord magnétique, utilisée en navigation. Ce dispositif fut importé plus tard en Occident, sans doute par les Croisés.

 

Il faut attendre le XVII° siècle pour enregistrer de nouveaux progrès dans cette science fondamentale ; plus d'un millénaire n'a rien apporté à sa connaissance. Au début de ce siècle, Otto de Guericke généralise le phénomène d'électrisation par frottement à des diélectriques autres que l'ambre (surtout des pierres précieuses) et construit la première machine électrostatique (constitué d'un globe de soufre frotté) avec laquelle il peut produire des étincelles analogues à la foudre. Améliorée dans ses dimensions et son rendement, complétée par un réseau de fils de soie qui assure le transport de la "vertu électrique", elle ne constitue cependant qu'une curiosité et son utilité ne dépasse pas le simple amusement. Mais cependant, elle fait progresser la connaissance par des expériences précises dont on peut tirer des conséquences, par exemple, comprendre les processus d'électrisation par influence, et en déduire l'existence de deux types d'électricité ; montrer l'attraction entre les électricités de types différents , la répulsion entre les électricités de même type; stocker l'électricité dans les condensateurs (le premier condensateur, la bouteille de Leyde , qui date du début du XVIII° siècle, est très simplement constitué d'une bouteille dont on a argenté les faces intérieure et extérieure séparément); capté l'électricité atmosphérique (Franklin) grace au paratonnerre.

Parallèlement , et en s'appuyant sue les résultats de ces expériences, peuvent se développer des théories cohérentes sur la nature du fluide électrique (Cavendish et Coulomb). Enfin, vers le milieu du XVIII° siècle, et grace à la bouteille de Leyde qui permet d'emmagasiner de l'énergie électrique, on a pu :

 

- créer un courant électrique en régime transitoire, de durée très limitée , la bouteille de Leyde se déchargeant très rapidement;

- réaliser une première électrolyse et l'appliquer à la Chimie alors naissante;

- appliquer ce courant électrique à la biologie (expériences célébres de Galvani sur les nerfs de grenouilles).

Bouteille de Leyde. Le premier condensateur construit simplement à partir d'un flacon fermé par un bouchon isolant. Les parois intérieure et extérieure sont recouvertes de feuilles métalliques sans contact entre elles, la feuille intérieure est reliée à une électrode munie d'un éclateur qui traverse le bouchon isolant.

 

Mais tout ce qui précéde ne fait que préparer l'électricité d'aujourd'hui. Tous les phénomènes précédents relèvent de ce que l'on appelle l'électrostatique. On entrevoit l'électricité dynamique lorsqu'on décharge une bouteille de Leyde, mais le phénomène reste fugitif, il ne se prête pas à une étude systématique et encore moins à des applications. Ce qu'il manquait essentiellement, c'est un "appareil" susceptible de maintenir un courant (un déplacement de charges) constant ou lentement variable dans un conducteur, un appareil que l'on devait appeler un générateur. Cet appareil, plus exactement un type de ces appareils, fut découvert par Volta en 1800 (la pile Volta) et c'est à cette date que l'on peut situer la naissance de l'électricité moderne. L'électricité dynamique était créé; quelques années plus tard, elle donnait naissance à l'électromagnétisme.

Pile de Volta. L'électricité moderne est né de cet empilage rudimentaire de rondelles de cuivre, de zinc et de drap humide. Alexandre Volta, professeur de physique à l'université de Pavie, ayant eu connaissance des expériences de Galvani, se souvint de l'excitation des cuisses de grenouillle accrochées par un fil de cuivre à un balcon de fer. Volta en conclut que le contact de métaux différents engendrait de l'électricité.

Mais le chemin pour passer de cette expérience à la génération continue de courant électrique était encore long et difficile, mais valait la peine d'être parcouru.

 

L'électricité fait partie aujourd'hui de notre civilisation ; elle y joue un rôle capital, indispensable au point que son absence temporaire est considérée comme une catastrophe. Et on doit faire effort d'imagination, pas toujours avec succès, pour se ressourcer dans un monde où l'on s'éclairait à la chandelle, où l'on se chauffait au feu de bois, où la radio et la télévision n'étaient même pas imaginables. L'électricité est omniprésente, toujours, ou presque, disponible dans les lieux les plus retirés. Et l'irréversible changement de vie qu'elle a engendré date seulement d'un siècle.

 

En effet, c'est à la fin du XIX° siècle qu'apparurent les premières machines industrielles destnées à l'alimentation de l'éclairage, mais les progrès furent extrémement rapides, surtout dans les domaines de l'électrotechnique , production , transport, distribution et transformation en d'autres formes d'énergie. Et ce, malgré deux inconvénients majeurs : d'une part, l'énergie électrique ne se stocke pas directement, ce qui impose d'établir une liaison directe entre le générateur et l'utilisateur, d'autre part, son transport implique des pertes non négligeables essentiellement par effet Joule.

 

L'importance pratique de l'électricité tient essentiellement à deux causes. Tout d'abord, au fait qu'elle peut transporter de l'énergie là où le besoin s'en fait sentir ; d'autre part, que cette énergie est facilement transformable en d'autres formes d'énergie, calorifique, rayonnante, mécanique ,avec des rendements acceptables. Ces atouts sont apparents dans l'ensemble de ses propriétés que nous rappelons dans ce qui suit.

 

 

 

2. L'électrostatique .

 

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On peut montrer facilement qu'il existe une force naturelle indépendante de la force gravitationnelle par une expérience amusante et accessible à tous. Il suffit de disposer d'une règle en matière plastique que l'on approche d'un filet d'eau, aussi mince que possible mais qui coule de manière continue. On constate qu'il ne se passe rien, ce qui est bien évident, si l'on se souvient que la force gravitationnelle est très faible, qu'elle ne peut avoir d'effet visible que dans le cas d'interaction entre de grandes masses. On frotte maintenant la règle avec un chiffon de laine, ou simplement entre la manche et le buste de votre tricot, s'il est en laine en prononçant une formule magique de votre choix ; le libellé n'a aucune importance, pourvu que vous frottiez vigoureusement. On approche à nouveau la règle du filet d'eau; ce dernier s'éloigne et on peut le faire tourner autour de la verticale en positionnant convenablement la règle. Une force nouvelle a été créée simplement en frottant la règle isolante avec un chiffon de laine ; on dit qu'elle est électrisée par frottement .

 

Bien entendu, cette expérience très simple n'a d'utile que son côté spectaculaire et ne peut prétendre à des conclusions quantitatives. Mais, on peut en reprendre le principe en laboratoire, avec un matériel sophistiqué qui permet d'en savoir plus sur cette nouvelle force. Décrire ce matériel serait fastidieux et son utilisation est affaire de spécialistes. Par contre, les conclusions que l'on peut tirer de ces expériences sont fondamentales pour la compréhension de notre Univers et dont nous avons déjà souligné les principales (voir chapitre sur les forces "naturelles").

Rappelons cependant que :

- si deux charges sont de même signe (concrétement, deux charges positives ou deux charges négatives), l'interaction est répulsive;

- si les deux charges sont de signe contraire (l'une est positive, l'autre négative), l'interaction est attractive.

 

La connaissance de l'électrostatique est pratiquement achevée au milieu du XVIII° siècle. Mais on est encore loin de l'électricité d'aujourdh'ui, de l'électricité des applications à la lumière, au chauffage, aux moteurs, aux ondes électromagnétiques et à leur propagation. Les porteurs de charges sont localisés, leurs propriétés statiques sont connues, mais il reste encore à les mettre en mouvement ordonné car c'est ce mouvement qui est à la base de toutes les applications modernes.

 

Avant que le tonnerre n'éclate, les charges se sont accumulées dans les nuages, par frottement de ces derniers sur les couches atmosphériques. Les nuages jouent le rôle de condensateurs, ils accumulent des charges positives ou négatives, à des distances plus ou moins grandes de la Terre, qui reste neutre ( les charges qu'elle peut acquérir localement se répartissent sur toute sa surface et il en résulte une densité surfaçique négligeable).

Rien n'est visible de cette accumulation, aucun phénomène lumineux ou sonore ne l'accompagne.

 

Mais tout à coup, les charges se mettent en mouvement, et c'est le spectacle son et lumière. Comprendre ce qui se passe est facile si l'on se souvient que les charges de même signe se repoussent , elles éjectent les charges situées initialement à la surface du nuage vers le point neutre le plus proche.

 

Ce mouvement libère de l'énergie, incontrôlable mais évidente, dont les effets sont souvent destructeurs. Pour faire une comparaison avec la Mécanique, l'énergie potentielle emmagasinée dans le nuage chargé se transforme en énergie cinétique , emportée par le mouvement des particules chargées.

 

Imaginons que le mouvement des particules chargées, au lieu d'être limité dans le temps, soit ininterrompu : un vaste réservoir de charges, dont la main d'un Dieu se servirait pour remplir continuement le nuage. Le tonnerre serait permanent et les nuages constitueraient une formidable réserve d'énergie que l'on pourrait transformer en toute autre forme utile, chaleur, lumière ...

 

Charger continuement un nuage, c'est du rêve, et pourtant!

 

La première tentative pour obtenir un courant électrique se servait de la décharge d'une bouteille de Leyde, mais, comme pour la décharge d'un nuage, le phénomène reste fugitif. Limité dans le temps, il ne se prête pas à une étude systématique et encore moins à des applications ; la recharge de la bouteille par des méthodes électrostatiques prend beaucoup plus de temps que la décharge utile. Ce qu'il manque encore pour maintenir le courant électrique, pour assurer le déplacement permanent des charges, c'est un "appareil" susceptible de maintenir une force constante sur les charges, aux bornes d'un conducteur par exemple.

 

Le premier de ces "appareils", que l'on devait appeler des générateurs, fut découvert par Volta en 1800 (la pile Volta) et ce fut la naissance de l'électricité moderne. On pouvait enfin travailler sur les propriétés associées au mouvement des charges et faire la liaison entre les propriétés électriques et magnétiques, l'électromagnétisme pouvait naitre.

D'autres types de générateurs ont pendant les deux derniers siècles, remplacé avantageusement la pile de Volta, qui transforment directement l'énergie mécanique ou radiante en énergie électrique (dynamos, alternateurs, piles solaires) ou qui permettent le stockage de l'énergie électrique (accumulateurs). Ces générateurs font partie de notre vie et sont utilisés à l'échelle industrielle : l'habitude aidant, on ne se rend compte de leur omniprésence que lors d'une "coupure de courant".

 

 

 

3. De l'électrostatique au courant continu.

 

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Comme nous l'avons déjà dit, l'électrostatique, quoique passionnante pour les initiés et qui donne lieu à des effets spectaculaires, n'a que peu d'applications pratiques et reste, le plus souvent, dans le domaine ludique.

Mais elle fait intervenir des notions fondamentales, indispensables pour comprendre les propriétés très particulières du courant électrique. En premier lieu, elle fait appel à la notion de charge électrique, dont nous avons déjà dit la nature mystérieuse, aussi difficile à appréhender que celle de la masse. Pourquoi certaines particules ont-elles une charge, d'autres pas ? Plus précisèment, pourquoi certaines particules sont-elles sensibles à la force électrique, d'autres pas ? Nous ne pouvons que constater et en tirer les conséquences.

 

A notre niveau, c'est le rôle du générateur de créer des charges en permanence en un point du circuit, créant ainsi un gradient de potentiel en tous points de celui-ci.. Plus exactement et conformément au principe de conservation de la charge, le rôle du générateur est de séparer les charges positives et négatives préexistantes dans le matériau (nous savons qu'un accumulateur ou une pile a deux bornes , positive et négative). Sous cet aspect, on peut dire que le premier générateur est le déplacement du nuage dans l'atmosphère ; il accumule par frottement les charges (positives ou négatives) jusqu'à un point de rupture. Bien entendu, ce phénomène n'est pas contrôlé, il peut l'être à l'échelle humaine lorsqu'on crée des charges par frottement , il peut l'être si l'on utilise les propriétés de la matière (pile Volta) ou celles du courant électrique (générateurs électromagnétiques).

A ce stade, il est bon d'apporter les précisions suivantes :

 

- la séparation des charges ne peut pas se faire sans dépense d'énergie, puiqu'elle doit vaincre la force électrostatique attractive. L'énergie primaire peut être d'origine chimique (piles), électrique (accumulateurs) ou mécanique (dynamos, alternateurs) ; un générateur apparait alors comme un transducteur (transformation d'une forme d'énergie en une autre forme, mais toujours en respectant le principe de la conservation de l'énergie totale) ;

 

- la séparation des charges crée un gradient de potentiel, aussi bien à l'intérieur du générateur qu'à l'extérieur , donc une force électrique, au même titre qu'un gradient de pression va créer un "courant d'air".

 

Dans un premier temps, supposons que les bornes du générateur ne soient pas "branchées", c'est-à-dire qu'elles ne soient pas reliées par un corps matériel : le générateur est alors en équilibre sous l'action de la force électrostatique attractive et d'une force opposée, propre au générateur, que l'on appelle sa force électromotrice.

 

Relions maintenant les bornes du générateur par un corps matériel et plus précisèment par un solide. Tout d'abord, par un fil de laine, ou à l'aide d'un bâton en bois ou d'une règle en plastique ; il ne se passe rien, le générateur ne débite pas, il reste dans le même équilibre : on dit que les bornes sont reliées par un isolant dont la propriété principale est de s'opposer au passage des charges. Au contraire, si on relie les bornes (avec précaution) par une tige métallique, se produisent des phénomènes spectaculaires, tels que des étincelles ou l'incandescence du métal: on dit que le matériau est conducteur et qu'il est parcouru par un courant électrique. On peut constater que ces phénomènes ne durent qu'un temps, le temps de décharger l'accumulateur, c'est-à-dire d'annuler sa force électromotrice.

 

L'interprétation des différences entre conducteurs et isolants est du domaine de la physique microscopique et fait intervenir la structure de ces corps. Nous ne l'aborderons pas dans ce qui suit, mais, en se limitant aux phénomènes à notre échelle, nous rappellerons seulement leurs propriétés macroscopiques lorsqu'ils sont soumis à un gradient de potentiel :

 

- les conducteurs sont formés d'atomes ou de molécules dont certains électrons périphériques sont libres de se déplacer dans tout le solide ; sous l'action d'un gradient de potentiel, ils peuvent s'animer d'un mouvement d'ensemble dans la direction du gradient de potentiel et c'est ce mouvement d'ensemble des charges négatives libres qui constitue le courant électrique ;

 

- les isolants n'ont pas d'électrons libres, tous les électrons périphériques sont liés à l'atome auxquels ils appartiennent et sont contraints de rester localisés dans un site proche du noyau de cet atome : aucun mouvement de grande amplitude ne leur est possible, ils ne peuvent pas participer à un mouvement d'ensemble et donner naissance à un courant électrique. Pour donner une image des isolants, leurs atomes sont individualistes, ils n'acceptent pas de mettre leurs électrons en commun et ne leur accordent qu'une semi-liberté.

Leur liberté, ils ne peuvent l'acquérir que sous l'action d'un fort gradient de potentiel, qui les arrache à l'atome autour duquel il gravite, mais en entrainant la destruction de l'isolant, ce que les techniciens appellent un claquage du diélectrique.

 

En réalité, cette classification est trop rigoureuse et devrait être tempérée par l'intervention de nombreux facteurs, tels que la température ou la pureté de l'échantillon, mais nous nous en servirons telle quelle pour comprendre les propriétés du courant électrique.

 

 

 

4. Effet calorifique.

 

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Pour obtenir un courant électrique dans un conducteur, il suffit de relier les deux bornes d'un générateur, un accumulateur par exemple, par un fil conducteur suffisamment long pour éviter une trop grande intensité. Il est facile de constater que le fil s'échauffe et des mesures plus précises pourraient montrer qu'il s'échauffe uniformément sur toute sa longueur. Ce phénomène est connu sous le nom d'effet Joule.

 

Pour comprendre ce phénomène, il faut se souvenir de la structure du conducteur et de la nature du courant électrique : un nuage électronique, donc de charges négatives, libres, soumis à une force électrique imposée par le générateur, se déplace parmi des atomes privés d'une partie de leur charges négatives et que l'on appelle des ions positifs , occupant des positions fixes qui sont autant d'obsacles sur le trajet des électrons. Osons une comparaison avec un mouvement macroscopique et supposons que les colonnes de Buren soient plantées sur un sol en légère déclivité. Si on lâche une bille au sommet de cette déclivité, elle va rouler vers le bas, sa course étant interrompue par les chocs sur les colonnes, puis de nouveau accélérée entre deux colonnes. En quelque sorte, un jeu de billard électrique, moins les trappes.

 

Puisqu'il y a chocs, une fraction de l'énergie électrique est transformée en énergie calorifique . Cette transformation énergétique est conforme à ce que nous savons de l'énergie et du mouvement : les chocs des électrons avec les ions positifs s'opposent à leur mouvement ordonné, tendent à perturber ce mouvement impulsé par le gradient de potentiel ; le désordre est introduit dans le mouvement d'ensemble. On dit que le conducteur oppose une résistance au passage du courant.

 

Cette résistance dépend d'un grand nombre de facteurs, parmi lesquels le positionnement des ions fixes, leur régularité, leur vibration sous l'effet de la température, la nature des chocs et bien d'autres que nous ne pouvons pas évoquer ici. Aussi, il n'est pas question de calculer cette résistance, on se contente de la mesurer en laboratoire sur des échantillons aussi purs que possible. A intensité égale, la chaleur dégagée par le passage du courant électrique en dépend évidemment .

 

L'effet Joule, comme tous les phénomènes liés aux frottements, a un double caractère; il est à la fois nuisible, parce qu'il dissipe de l'énergie et qu'il peut causer des dégats matériels par échauffement excessif, et utile parce qu'il est à la base de nombreuses applications de la vie courante.

 

Ainsi, le transport de l'énergie électrique se fait naturellement par la propagation du courant dans un fil conducteur. Ce fil conducteur, qu'il soit aérien ou souterrain, s'échauffe et transforme de l'énergie électrique en énergie calorifique, bien entendu perdue. On montre, le calcul n'est pas très compliqué mais nous l'éviterons ici, que les pertes d'énergie sont d'autant plus faibles que la différence de potentiel est plus élevée. Ce qui oblige le fournisseur à :

- utiliser un potentiel aussi élevé que possible pour les transports à grande distance;

- diminuer autant que faire se peut la résistance électrique du matériau conducteur; mais cette opération implique l'utilisation de métaux légers, donc de portée plus faible pour la construction de lignes aériennes, et de coût plus élevé : un compromis entre ces différents facteurs est nécessaire ;

- transformer le potentiel avant de le mettre à la disposition de l'utilisateur. Il est en effet impensable que l'énergie électrique vous soit livré sous un potentiel de quelques milliers de volts ;

- facturer ce transport : le prix du kilowatt/heure qui apparait dans votre facture tient compte des pertes en ligne, calculées en valeur moyenne.

 

Un autre exemlple : pour produire des champs magnétiques intenses, on utilise un électroaimant, dont nous verrons plus loin le principe du fonctionnement. Il comporte un circuit électrique parcouru par un courant de très forte intensité, donc le circuit s'échauffe par effet Joule et sa température d'équilibre dépasserait rapidement les valeurs permises si on ne refroidissait pas l'appareil. Mais, en tout état de cause, l'intensité reste limitée dans le circuit électrique, ce qui limite la valeur du champ magnétique.

 

Mais ce qui est un handicap dans le transport de l'énergie ou dans certaines applications est bénéfique dans les appareils d'usage courant et même indispensables, comme les appareils de chauffage ou les lampes à incandescence.

Je n'insisterai pas sur les appareils de chauffage , leur fonctionnement découle immédiatement de la loi de Joule : une résistance, dans laquelle passe un courant électrique, dégage de la chaleur. Bien entendu, les appareils de chauffage modernes sont munis de perfectionnements qui améliorent le rendement et le confort : thermostat, commande à distance, forme prore à assurer une meilleure convection. Mais dans leur principe, ils fonctionnent toujours avec la loi de Joule.

Certains convertisseurs transforment l'énergie électrique en énergie radiante. On peut les classer en deux catégories :

 

- les convertisseurs qui passent par l'intermédiaire de l'énergie calorifique. On sait que tout corps chaud rayonne de l'énergie : le feu de cheminée, que nous avons déjà pris comme exemple, aussi bien qu'un barreau métallique chauffé à une température suffisante. Les ampoules électriques sont basées sur cet effet : un filament est chauffé par effet Joule, sa température augmente et il émet un rayonnement dans le visible si la température est convenable. Mais si le principe du fonctionnement d'une ampoule est simple, sa réalisation pratique l'est beaucoup moins pour le technologue qui veut en assurer la durée. En effet, si le métal est porté à incandescence dans l'air, il s'oxyde rapidement, devient cassant ; dans le vide, il s'évapore tout simplement et obscurcit rapidement les parois intérieures de l'ampoule. C'est après de longues recherches sur la nature du filament, sur sa forme et surtout sur le gaz qui entoure le filament, que vous pouvez maintenant disposer d'ampoules de durée garantie et dont les performances sont sans cesse améliorées;

 

- les convertisseurs qui passent par l'intermédiaire de l'énergie mécanique, tels que les tubes à décharge : tubes rouges au néon des enseignes lumineuses, lampes au sodium ou au mercure qui éclairent le bord des routes. Ces dispositifs mettent en jeu les propriétés du courant dans les gaz que nous traitons au prochain chapitre.

 

Lorsqu'on appuie sur l'interrupteur, la réponse de l'ampoule est quasi-immédiate :"que la lumière soit" et la lumière est. On peut en déduire que le courant électrique circule instantannément dans l'ampoule, ce qui laisserait croire que la vitesse de déplacement d'ensemble des électrons dans le conducteur est très grande. Jugement trop hatif, conclusion erronnée, la vitesse d'ensemble des électrons dans le métal ne dépasse pas quelques millimètres par seconde. A cette allure, il faudrait s'y prendre tôt pour éclairer la salle de réception du chateau.

Mais la différence de potentiel s'établit instantannément, ou presque, en tous les points du conducteur et en particulier dans le filament de l'ampoule. Donc, la force du gradient de potentiel agit instantannément sur les électrons du filament .

 

Une dernière application de l'effet Joule, encore utilisée, le fusible de sécurité. Pour protéger une installation contre des surintensités dangereuses, consécutives à un court-circuit par exemple, on utilise l'échauffement du métal pour amener sa température au point de fusion : le métal choisi ou l'alliage, a évidemment une résistance élevée et fond facilement. C'est en particulier le cas du plomb, qui, par extension, a donné son nom à ce type de coupe-circuit quoiqu'on utilise aujourd'hui des alliages plus adaptés.

En tout état de cause, le fusible est souvent supplanté par le disjoncteur, dont le principe de fonctionnement est différent.

 

 

 

5. Le courant dans les liquides et les gaz.

 

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Comme les solides, les liquides se divisent en deux groupes lorsqu'on les soumet à un gradient de potentiel :

 

  • si le courant ne passe pas, le liquide se comporte comme un isolant; c'est le cas de la plupart des liquides purs : pétrole, éther, eau pure;

- si le courant passe, le liquide se comporte comme un conducteur, on dit alors que c'est un électrolyte.

 

Cette distinction sommaire est facile à vérifier : si on plonge dans de l'eau pure deux lames métalliques reliées aux pôles d'une pile ou d'un accumulateur, un appareil de mesure des intensités (que l'on appelle un ampéremètre), montre que le courant ne passe pas. Il suffit d'ajouter du sel pour provoquer son passage.

 

La conductivité du liquide a la même cause que celle du passage du courant dans les solides : la présence de charges libres qui seront soumises à une force d'entrainement lorsqu'on établit un gradient de potentiel. Mais la comparaison doit s'arrêter là, car il y a des différences fondamentales entre les deux types de conduction :

 

- dans les solides, la condition de neutralité impose qu'il y ait autant de charges négatives que de charges positives , mais seules les charges négatives portées par certains électrons (électrons de conduction) sont mobiles. Les charges positives sont fixes et forment les obstacles sur lesquels viennent buter les électrons de conduction.

Dans un électrolyte au contraire, les charges des deux signes sont mobiles et se dirigent bien entendu en sens inverse : les charges positives vers l'électrode négative ( la cathode ) les charges négatives vers l'électrode positive (l'anode ). Dans leur mouvement, les charges des deux signes heurtent des atomes neutres, et ces chocs sont à l'origine de la résistance de l'électrolyte;

`

- le passage du courant dans un électrolyte entraine aussi la dissociation de ce dernier. Sans entrer dans le détail, rappelons qu'une molécule est formée par la réunion de plusieurs atomes, chacun est neutre et l'ensemble est neutre mais comporte des charges positives et négatives qui se neutralisent. En soumettant cette molécule à un gradient de potentiel, on impose à ces charges des forces opposées qui peuvent provoquer la scission de la molécule. En attirant vers l'anode et la cathode des charges opposées, on attire aussi des atomes, ou des molécules différentes, résultats de la dissociation de la molécule initiale.

Cette dissociation est utilisée dans de nombreuses applications, plusieurs d'entre elles constituant de véritables branches industrielles : électrochimie (préparation de l'hydrogène, de la soude, du chlore, des hypochlorites .... ), électrométallurgie (obtention de métaux purs), recouvrement d'objets métalliques (nickelage, chromage, argenture ....). En laboratoire, on utilise l'électrolyse pour des dosages fins;

 

- dans la pile Volta, comme d'ailleurs dans les autres types de piles plus modernes et plus élaborées, on utilise, pour transformer l'énergie chimique en énegie électrique, les réactions chimiques de l'électrolyte sur l'une des électrodes (dans la pile Volta, l'hydrogène de l'acide sulfurique est libéré par substitution avec le zinc).

Le fonctionnement d'un accumulateur est basé sur le même principe, mais les électrodes ne sont pas naturelles; elles sont formées, à partir d'un même métal , par action chimique des ions positifs et négatifs créés par le passage du courant dans un électrolyte. En schématisant, dans un premier temps, on transforme de l'énergie électrique en énergie chimique, puis, pendant le temps d'utilisation, c'est le processus inverse. Ce qui revient en somme à stocker l'électricité dans l'accumulateur, propriété qui lui a valu son nom.

A l'inverse de la pile, l'accumulateur ne crée pas d'énergie électrique, il la restitue pour un usage localisé ailleurs que le lieu de production ; c'est actuellement le seul moyen de stockage de l'électricité, mais son coût élevé, son volume, son entretien ne favorisent pas son utilisation à l'échelle industrielle : sa qualité essentielle est la mobilité.

 

La manifestation la plus spectaculaire du passage du courant électrique dans les gaz est celle de la foudre, phénomène naturel dont on peut réaliser en laboratoire le modèle réduit. Et les applications basées sur la conductivité des gaz sont nombreuses, puisqu'elles englobent tous les tubes lumineux.

 

Le mécanisme du passage du courant dans les gaz s'aparente à celui du passage du courant dans les électrolytes en ce sens qu'il met en jeu la propagation des ions des deux signes, mais il en différe par les points suivants :

 

- un volume de gaz, comme d'ailleurs un volume macroscopique de liquide, est globalement neutre, mais nous savons qu'il contient un grand nombre de charges négatives et positives ; ces charges ne sont pas chimiquement séparées comme dans un électrolyte, aussi leur déplacement éventuel ne peut se faire que si les atomes sont d'abord ionisés par le gradient de potentiel.

Plus clairement, le noyau positif sera tiré d'un certain côté par le gradient du potentiel, les électrons négatifs de l'autre côté par le même gradient. Si ce dernier est suffisamment intense, l'atome finira par se scinder, les charges positives d'un côté, les charges négatives de l'autre : des ions seront créés, qui peuvent se propager dans le gaz.

En réalité, le processus est un peu différent : c'est une partie des électrons périphériques, plus mobiles, qui est arrachée à l'atome. On obtient ainsi un atome ionisé une fois, deux fois suivant qu'un électron, ou deux, est arraché à l'atome.

Pratiquement, il faut donc appliquer une différence de potentiel suffisante pour tout d'abord ioniser l'atome. Alors que l'électrolyse commence pour de faibles gradients, la décharge dans les gaz ne démarre qu'au-dessus d'un seuil, ce que l'on peut constater dans le cas de la foudre et ce qui implique parfois l'ajout d'un transformateur dans le montage des tubes à gaz ;

 

- la différence essentielle entre un gaz et un liquide tient à la différence des distances moyennes entre deux atomes, ce qui se traduit , en particulier, par la possibilité de comprimer ou de dilater un gaz (en faisant varier la distance moyenne entre deux atomes). Du point de vue électrique, l'ion gazeux, une fois créé, aura la possibilité de parcourir une plus grande distance, d'autant plus grande que le gaz est sous faible pression, en moyenne, avant de subir un choc ; donc, puisque son mouvement est uniformément accéléré entre deux chocs, d'acquérir une vitesse plus grande que s'il se déplaçait dans un liquide. Et nous savons d'instinct que plus la vitesse est grande, plus le choc sera violent: dans le cas des interactions entre l'ion et l'atome, la violence du choc peut entrainer l'arrachement d'un ou plusieurs électrons de l'atome initialement neutre, en d'autres termes le scinder en deux (ou trois) charges qui seront entrainées par le gradient de potentiel au même titre que l'ion primaire.

La multiplication des ions entraine alors une augmentation rapide de l'intensité du courant, et provoque une auto-accélération du phénomène, connue sous le nom d'avalanches. C'est ce processus qui rend si violente la décharge des nuages dans l'air, qui entretient le passage du courant dans les tubes à gaz et qui est à la base de bien d'autres applications.

 

On ne peut pas parler de la résistance des matériaux solides sans évoquer un phénomène nouveau, par certains de ses aspects insolite, encore peu utilisé mais prometteur, encore mal connu mais objet de beaucoup de recherches, la supraconductibilité.

Les phénomènes physiques qui font intervenir la propagation dans les milieux matériels, sont toujours accompagnés de frottements : un mobile qui se propage dans un gaz, même raréfié, finira par s'arrêter, un courant électrique dans un conducteur cesse si on supprime le gradient de potentiel . Nous avons montré que le frottement, avec des conséquences diverses, est indissociable des phénomènes terrestres.

Sauf de celui de la supraconductibilité. Au niveau macroscopique, on peut le décrire aisément : si l'on diminue la température de certains conducteurs au-dessous d'une température critique, sa résistance devient nulle. Autrement dit, un courant électrique lancé dans un supraconducteur dure éternellement ; autrement dit, les électrons de conduction dans leur mouvement d'ensemble ne rencontrent jamais les ions positifs ; autrement dit, l'effet Joule n'existe pas, le supraconducteur ne dégrade pas l'énergie électrique en chaleur.

 

Quoique très prometteur, l'effet supraconducteur est encore très peu utilisée. La pratique industrielle se heurte à des difficultés technologiques, comme celles du maintien de l'ensemble du conducteur à de très basses températures et à des problèmes de rentabilité. Les applications sont ponctuelles, souvent de laboratoire et quelquefois médicales, lorsqu'il s'agit d'obtenir par exemple des champs magnétiques permanents et de valeur élevée (imagerie magnétique).

 

Donner une interprétation satisfaisante de l'effet supraconducteur est impossible si ce n'est en utilisant le langage des théoriciens de la physique du solide, ce qui n'est pas notre but. On peut cependant en donner une image phénoménologique mais elle est bien loin de satisfaire le physicien : la supraconductibilité est un phénomène microscopique qui ne peut se comprendre qu'à cette échelle.

 

 

 

6. Les effets magnétiques.

 

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Comme nous l'avons déjà mentionné, le magnétisme des aimants permanents est connu et utilisé depuis la plus Haute Antiquité et les applications des aimants permanents font aujourd'hui partie de la vie courante. Rappelons cependant leurs principales propriétés :

 

- les aimants permanents peuvent attirer certains métaux, dont le plus courant est le fer : une expérience classique consiste à approcher un aimant permanent de la limaille de fer et de montrer que celle dernière est attirée par les extrémités de l'aimant. Cette action se fait à distance, sans contact, ce qui impose l'existence d'une force nouvelle, la force magnétique, dont il est facile de montrer qu'elle dépend de la distance entre les corps en interaction (si l'aimant est suffisamment loin de la limaille, celle-ci n'est pas attirée). Des mesures précises en laboratoire montrent que la décroissance de l'intensité de la force magnétique avec la distance des corps en interaction est semblable à celle de la force électrique entre deux corps chargés.

Cette force magnétique est largement utilisée dans les applications, depuis la fabrication de gadgets jusqu'à la fermeture des portes. Elle pourrait même jouer un rôle sécurisant dans la recherche d'une aiguille dans une meule de foin !

 

- dans l'expérience précédente, rien ne parait distinguer les deux extrémités de l'aimant, que l'on appelle ses pôles. En effet, que l'on approche une extrémité ou l'autre, la limaille est attirée pareillement. Mieux encore, si l'on scinde l'aimant en deux parties, les extrémités de chacune des parties se comportent comme les pôles de l'aimant avant la cassure (expérience de l'aimant brisé). Emporté par notre soif de savoir, on coupe encore chacun des morceaux en leur milieu : même résultat et on pourrait recommencer cette opération jusqu'à des volumes microscopiques sans modifier la force magnétique et son action sur la limaille de fer.

Identité des pôles ? Non, et il est facile de le montrer. Si on s'arrange pour laisser un fragment de l'aimant libre de s'orienter, par exemple en le plaçant sur un pivot vertical, ou en le suspendant par son milieu à un fil de laine, il s'oriente toujours dans la même direction et dans le même sens : c'est toujours la même pointe du fragment qui s'orientera vers le nord. L'action terrestre, en particulier, différencie les pôles et c'est, historiquement, la première observation de cette différence : il était donc naturel d'appeler pôle nord et pôle sud les deux extrémités de l'aimant. Dans d'autres circonstances, on les aurait sans doute appelés positif et négatif, par comparaison avec les charges avec lesquelles ils ont des ressemblances mais aussi une différence fondamentale : un pôle ne peut pas apparaitre seul, un pôle nord par exemple est toujours accompagné d'un pôle sud, l'expérience de l'aimant brisé en est une preuve. On peut dire que tous les corps sont nécessairement magnétiquement neutres , alors qu'ils peuvent être électriquement chargés. Globalement, un aimant permanent ne peut pas provoquer d'action à distance, mais les extrémités d'un barreau aimanté sont séparées par une certaine distance, et l'un des pôles, le pôle nord par exemple, est plus près de la limaille que le pôle sud.

 

- Si nous disposons de deux aimants permanents, il est facile de constater que deux pôles de même nom se repoussent alors que deux pôles de nom contraire s'attirent, propriété qui est analogue à celle des charges électriques.

La Terre se comporte comme si elle était aimantée, ce qui ne signifie pas comme on pourrait le croire, que les pôles recélent des gisements de matériaux magnétiques : en tout état de cause, ces matériaux seraient globalement magnétiquement neutres et ne pourraient pas exercer une action à grande distance. La cause du magnétisme terrestre est plus complexe et met en jeu des phénomènes électromagnétiques.

Sans en chercher la cause, retenons que la Terre se comporte comme un aimant dont le pôle sud magnétique est sensiblement situé au pôle nord géographique, et inversement : en effet, le pôle nord géographique attire le pôle nord magnétique de la boussole, il se comporte donc comme le pôle sud magnétique d'un aimant. Des mesures très précises ont permis de tracer une carte magnétique de notre planète, dont il ressort que :

 

1) le nord géographique ne coïncide pas exactement avec la direction du nord magnétique donné par la boussole; ces deux directions font entre elles un petit angle, que l'on appelle la déclinaison , qui dépend du lieu de la mesure;

 

2) de même, si l'aiguille aimantée est mobile dans un plan vertical, on peut vérifier que le champ magnétique terrestre n'est pas dans un plan horizontal, mais fait avec ce plan un angle que l'on appelle l'inclinaison;

 

3) enfin, on doit rappeler que les cartes magnétiques présentent souvent des anomalies locales, en particulier au voisinage des mines de fer (ce procédé peut être employé dans les méthodes de prospection).

 

- Il n'y a pas d'interaction entre un corps électriquement chargé et une aiguille aimantée, comme on peut le montrer dans des expériences simples. On comprend alors pourquoi l'électrostatique et le magnétisme sont restés pendant des siècles des sciences cloisonnées, pourquoi on distinguait entre la force électrique et la force magnétique : pour faire le lien entre ces deux disciplines, le déplacement continu des charges est nécessaire et ce déplacement ne sera obtenu qu'après la découverte du premier générateur, de la pile Volta.

 

C'est , en effet, quelques années après la découverte de Volta, en 1819, que le physicien danois Oersted montra que le passage du courant dans un fil conducteur produit la déviation d'une aiguille aimantée placée au voisinage de ce fil, l'aiguille tendant à s'orienter perpendiculairement au fil. Cette expérience est aujourd'hui classique et se répète journellement. Mais à l'époque, elle causa un grand étonnement et jeta un pont entre deux disciplines jusqu'alors distinctes et acceptées universellement comme telles.

 

 

André-Marie Ampère (1775-1836)

Physicien français, il apporta le soutien théorique aux travaux d'Oersted sur la création d'un champ magnétique par le déplacement de charges électriques et fut de ce fait l'un des créateurs de l'électromagnétisme.

 

Lors, la voie du progrès est ouverte, et en très peu de temps, en quelques années, voire en quelques mois, Ampère apportait à cette discipline nouvelle son support théorique et sa justification, Faraday en déduisait les lois de l'induction électrique, base du premier générateur industriel, la dynamo, Maxwell batissait sa théorie électromagnétique de la lumière, qui étend à l'optique les lois des phénomènes électriques et de leur propagation. Ainsi, de proche en proche, l'action des charges en mouvement devenait la base des phénomènes magnétiques, optiques, permettait de comprendre beaucoup d'aspects de la physique de la matière et de réaliser des applications qui pèsent sur notre vie, comme la transmission des ondes électromagnétiques, radio et télévision.

 

Mais n'anticipons pas et tirons de l'expérience d'Oersted les conclusions qui s'imposent.

 

- Le circuit parcouru par le courant électrique crée une force magnétique, plus exactement un couple de forces, sur l'aiguille aimantée. On dit qu'il crée un champ magnétique en tous points de l'espace.

Il se comporte donc comme un aimant naturel, comme la pierre de Magnésie des Anciens. A ce titre, il doit lui-même subir une force magnétique de la part d'un autre aimant et cette force peut être une force de répulsion ou d'attraction suivant les pôles que l'on met en présence.

Mais quel est le pôle magnétique d'un circuit électrique ? Pour concrétiser cette notion aussi simplement que possible, imaginons un circuit enroulé réguliérement sur un cylindre à section circulaire; on appelle un tel circuit un solénoïde et ses propriétés lui font jouer un role important en physique des courants alternatifs. Les extrémités circulaires sont les pôles de l'aimant équivalent ; pour déterminer le pôle nord par exemple, on peut s'adresser à l'expérience, faire agir le pôle sud d'un aimant permanent ou étudier l'orientation de la bobine dans le champ terrestre, mais on peut aussi prévoir le comportement de la bobine en appliquant des "formules" que nous oublions ici. Par contre, il est clair que la nature du pôle va dépendre du sens du courant. Imaginons alors que l'on puisse changer ce sens plusieurs fois par seconde, par exemple en imposant au circuit une tension alternative. Le solénoïde va subir successivement des forces de répulsion et d'attraction de la part de l'aimant permanent, l'énergie électrique fournie par

 

- Le circuit parcouru par le courant électrique crée une force magnétique, plus exactement un couple de forces, sur l'aiguille aimantée. On dit qu'il crée un champ magnétique en tous points de l'espace.

Il se comporte donc comme un aimant naturel, comme la pierre de Magnésie des Anciens. A ce titre, il doit lui-même subir une force magnétique de la part d'un autre aimant et cette force peut être une force de répulsion ou d'attraction suivant les pôles que l'on met en présence.

 

Mais quel est le pôle magnétique d'un circuit électrique ? Pour concrétiser cette notion aussi simplement que possible, imaginons un circuit enroulé réguliérement sur un cylindre à section circulaire; on appelle un tel circuit un solénoïde et ses propriétés lui font jouer un role important en physique des courants alternatifs. Les extrémités circulaires sont les pôles de l'aimant équivalent ; pour déterminer le pôle nord par exemple, on peut s'adresser à l'expérience, faire agir le pôle sud d'un aimant permanent ou étudier l'orientation de la bobine dans le champ terrestre, mais on peut aussi prévoir le comportement de la bobine en appliquant des "formules" que nous oublions ici. Par contre, il est clair que la nature du pôle va dépendre du sens du courant. Imaginons alors que l'on puisse changer ce sens plusieurs fois par seconde, par exemple en imposant au circuit une tension alternative. Le solénoïde va subir successivement des forces de répulsion et d'attraction de la part de l'aimant permanent, l'énergie électrique fournie par le générateur est transformée en énergie mécanique: c'est un schéma , simplifié jusqu'à la caricature, d'un type de moteur électrique .

 

- Un circuit parcouru par un courant se comporte comme un aimant . Donc, si deux circuits sont voisins, ils vont interagir comme deux aimants permanents. Les forces d'interaction entre deux circuits portent le nom de forces de Laplace.

Nous n'avons pas l'intention ici de donner une formulation même approchée des forces de Laplace ; on se contentera de savoir qu'elles existent et que, naturellement, elles dépendent de la forme des circuits , de leur position relative et du sens du courant qui les parcourt. Comme dans le cas précédent, on peut imaginer qu'elles sont parcourues par un courant alternatif et que l'un des circuits soit mobile par rapport à l'autre : il est bien évident que cette disposition peut servir de schéma à un autre type de moteur électrique.

 

- La force magnétique dépend du milieu dans laquelle elle s'exerce . Elle est particuliérement intense dans les milieux qui contiennent du fer ou des éléments voisins du fer comme le nickel ou le cobalt : ces substances sont appelées ferromagnétiques et on utilise cette propriété pour la construction d'électroaimants qui crée des champs magnétiques localisés et d'intensité beaucoup plus importante que celle des aimants naturels.

 

Par ailleurs, ces matériaux ont une propriété importante, celle de garder la mémoire du traitement magnétique qu'elles ont subi : cette mémoire magnétique est à la base de nombreuses applications de la vie courante (magnétophone, magnétoscope).

En effet, si une substance ferromagnétique est soumise à un champ magnétique, par exemple si elle est placée à l'intérieur d'un solénoïde parcouru par un courant constant, la coupure du courant ne supprime pas entiérement l'action magnétique qu'elle peut créer : elle la diminue mais elle persiste, et on a formé un aimant permanent artificiel (dont le premier type est la pierre de Magnésie).Ce dernier gardera ces propriétés magnétiques tant qu'il n'est pas chauffé au-dessus d'une certaine température caractéristique de ce matériau. On sait d'ailleurs qu'une carte magnétique peut perdre sa mémoire si elle est exposée à une température trop élevée, par exemple dans une voiture stationnée au soleil.

 

- Rien de ce que réalise l'électricité moderne ne serait possible sans le phénomène d'induction, à la base des générateurs de puissance, à l'origine de la transformation industrielle de l'énergie mécanique en énergie électrique.

Lorsqu'on fait varier, par un procédé quelconque, le champ magnétique qui traverse un circuit, il y a création dans ce circuit d'une force électromotrice, que l'on appelle la force électromotrice d'induction. Deux cas sont alors envisageables :

 

1) le circuit n'est pas fermé sur lui-même : les particules mobiles (les électrons dans le cas des corps solides) se groupent aux extrémités du circuit, de telle sorte que le champ électrostatique que crée cette dissymétrie soit égal et opposé au champ électromoteur. En quelque sorte, le circuit est équivalent à une pile en circuit ouvert ;

 

2) le circuit est fermé sur lui-même : les particules mobiles vont se déplacer d'un mouvement d'ensemble sous l'action du gradient de potentiel et ce courant électrique durera tant que dure la modification du champ magnétique.

 

 

Michel Faraday (1791-1867).

Physicien anglais, il compléta les liens entre électricité et magnétisme par la découverte des phénomènes d'induction, sans lesquels l'électromagnétisme serait resté du domaine du laboratoire.

 

Ce phénomène d'induction est facile à mettre en évidence, au moins qualitativement, si on dispose de matériel de laboratoire, en particulier d'un détecteur de courant (galvanomètre par exemple). On peut conduire cette expérience de plusieurs façons :

 

1) le circuit est fixe, par exemple un solénoïde; on approche d'une de ses faces le pôle nord d'un aimant permanent, ce qui revient à faire varier le champ magnétique qui traverse le circuit. La déviation du galvanomètre pendant le déplacement de l'aimant confirme le passage du courant électrique. Lorsque l'aimant s'arrête, le courant cesse puis reprend, en sens inverse, lorsqu'on le retire.

L'expérience peut être reprise en approchant puis en éloignant le pôle sud de l'aimant permanent : les sens du courant induit sont opposées à ceux de l'expérience précédente.

 

2) le circuit est mobile, l'aimant permanent est fixe : les résultats sont identiques aux précédents ; seul le mouvement relatif des deux éléments en interaction doit être pris en compte ;

 

3) on suspend maintenant une bobine par un fil de laine de façon qu'elle puisse tourner librement autour de l'un de ses diamètres et on la place dans le champ d'un aimant permanent. Si on la fait touner autour du fil de suspension, on constate qu'un courant circule dans la bobine et qu'il change de sens chaque fois qu'elle effectue un demi-tour : cette bobine en rotation schématise un alternateur , le courant qui la parcourt le courant alternatif qui alimente nos installations ;

 

4) un circuit électrique de forme queconque, parcouru par un courant constant, est équivalent à un aimant permanent , avec ses pôles nord et sud; donc les expériences précédentes peuvent être reprises en remplaçant l'aimant permanent par un tel circuit. Il joue alors le rôle de circuit inducteur, le circuit dans lequel est créé le courant est le circuit induit.

Rien ne serait différent des expériences précédentes si ce n'est la possibilité de faire varier le champ magnétique par suppression du courant inducteur, tout simplement en commutant un interrupteur placé dans ce circuit. Le résultat est évidemment le même, mais on ne fournit plus d'énergie mécanique ; c'est un transfert d'énergie électrique, du circuit inducteur au circuit induit, ce qui peut s'avérer utile soit pour des problèmes d'isolement, soit, plus généralement, pour modifier la tension aux bornes du circuit : les deux bobines en interaction schématisent un transformateur.

Quand on cite les mots dynamos, alternateurs, transformateurs, ce sont les applications clés de l'électricité industrielle et on comprend mieux le rôle essentiel du phénomène d'induction dans l'obtention et la distribution de l'énergie électrique. Bien entendu, nous n'avons décrit que des schémas de principe et les appareils industriels sont de plus en plus sophistiqués. En donner une description, même succincte, n'est pas le but de ce texte. Mais, quelle que soit la destination et la complexité de l'appareil, on retrouvera toujours les éléments essentiels :

 

- pour la dynamo et l'alternateur, un inducteur, en général constitué par un électroaimant et un induit mobile, ou tambour, constitué souvent par un cylindre ferromagnétique sur lequel sont enroulées des bobines ;

 

- pour les transformateurs, une carcasse en fer qui constitue le circuit magnétique sur laquelle sont enroulées deux bobines distinctes, en général différentes par leur nombre de spires, l'une d'entre elles, le primaire, étant alimentée par un courant alternatif. L'autre bobine, qui constitue le circuit secondaire, restitue cette énergie dans des conditions de tension différentes.

 

Si on devait justifier aussi simplement que possible les phénomènes d'induction, ou plus exactement les relier à des phénomènes déjà rappelés, on pourrait se souvenir que le déplacement des charges crée un champ magnétique, en d'autres termes, une variation de champ magnétique qui passe d'une valeur nulle à une valeur quelconque mais non nulle. Réciproquement, une variation du champ magnétique va créer, dans la mesure où il est possible, un déplacement des charges : les deux phénomènes sont successivement cause et effet. Si la variation du champ magnétique affecte un circuit métallique, elle produit un courant électrique induit.

 

Les effets des phénomènes d'induction, non seulement sont appliqués à l'obtention de générateurs industriels et transforment notre vie quotidienne, mais sont indispensables à la propagation des ondes électromagnétiques. Mais ceci est une autre histoire que nous raconterons plus loin.

 

 

7. Les courants alternatifs.

 

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Considérons un paquet d'électrons dans un conducteur métallique. Si on soumet ces électrons à un gradient de potentiel, ils se déplacent dans la direction du gradient et dans un sens qu'il est inutile de préciser. Mais il évident que le sens va changer si on inverse le sens du gradient et si cette inversion est fréquente, le déplacement des électrons va se limiter à un petit (au sens macroscopique du terme) domaine du conducteur, mais microscopiquement suffisant pour que ces électrons interagissent avec les ions fixes du réseau. On peut prévoir alors que :

 

- l'interaction des électrons libres avec les ions provoque une dégradation de l'énergie électrique en énergie calorifique et radiante ; c'est l'effet Joule qui apparait avec les courants alternatifs comme avec les courants continus (des calculs font apparaitre des différences quantitatives entre ces deux effets) ;

 

- puisqu'il y a déplacement, même limité, de charges, il y a création d'un champ magnétique variable, qui va changer de sens avec le changement de sens du mouvement des électrons du circuit.

Si la fréquence d'inversion du gradient de potentiel est suffisamment rapide, l'expérience d'Oersted est impossible : l'aiguille aimantée n'a pas le temps (à cause de son inertie) de changer de sens au rythme du gradient, elle vibre autour de sa position d'équilibre, on dit qu'elle "s'affole".

Mais ce champ magnétique existe, il est même variable, donc il va créer un phénomène d'induction ; si un circuit est proche du champ, il sera parcouru par un courant d'induction, et si nous considérons la totalité du mécanisme, ce courant d'induction a pour origine le courant alternatif qui circule dans le premier circuit : on reconnait là le principe du transformateur alimenté en courant alternatif. Il ne fonctionnerait pas en courant continu, à moins qu'un manipulateur patient n'agisse sur le circuit primaire au moyen d'un interrupteur ou mieux d'un inverseur, occupation rapidement lassante et peu gratifiante.

 

- un circuit parcouru par un courant continu crée un champ magnétique constant en tous points de l'espace, y compris dans le circuit lui-même. Mais le champ constant ne crée pas de courant induit.

Il n'en est pas de même si le circuit est parcouru par un courant variable, par exemple un courant alternatif : le champ magnétique créé est variable, donc induit un courant variable dans le circuit lui-même, courant induit qui se superpose au courant imposé par le générateur. Ce phénomène est connu sous le nom d'auto-induction.

L'importance du courant induit par rapport au courant inducteur dépend bien entendu de la forme du circuit et il n'est pas dans nos intentions d'étudier cette dépendance ; nous nous contenterons de savoir qu'elle existe, qu'elle est calculable et qu'elle définit un paramètre géométrique que l'on appelle l'auto-inductance (ou self-induction pour ceux qui aiment le franglais). Un paramètre que vous avez peut-être rencontré dans les caractéristiques électriques d'un cable coaxial par exemple.

Ce coefficient d'auto-inductance a des propriétés particulières, qui rendent son utilisation indispensable dans beaucoup d'applications, surtout en radioélectricité (couplage avec des capacités pour l'obtention de circuits résonants). En schématisant à l'extrême, et en remarquant que la "résistance" d'un conducteur n'est pas la même en courant continu et en courant variable (conséquence logique du phénomène d'auto-induction), on en déduit naturellement que l'auto-inductance ne dépend pas seulement de la géométrie du circuit, mais aussi de la fréquence du courant inducteur.

 

La fréquence des courants alternatifs utilisés peut varier dans de très larges limites. Ainsi, la tension fournie par le distributeur l'est avec une fréquence de 50 hertz, ce qui parait énorme à notre échelle mais ridiculement faible devant les fréquences radioélectriques ou optiques. Aussi, une auto-inductance se comportera de façon radicalement différente suivant son implantation dans les circuits d'usage courant et en radioélectricité . En pratique, l'auto-inductance d'un cable coaxial est toujours indiquée pour une fréquence donnée.

 

Les avantages du courant alternatif sont surtout sensibles dans le transport de l'énergie électrique des lieux de production aux lieux de consommation. En effet, on sait que les pertes en ligne, par effet Joule, sont minimisées par le transport sous très haute tension. Mais comme il est impossible d'augmenter suffisamment la force électromotrice des générateurs aussi bien que la différence de potentiel aux bornes des appareils d'utilisation, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité, on est obligé de transformer la tension, au départ et à l'arrivée. En courant continu, cette transformation ne peut se faire que par des appareils rotatifs, formés d'un moteur alimenté par le courant à transformer et d'un générateur entrainé par ce moteur, appareillage non seulement coûteux mais dans lesquels les pertes ne sont pas négligeables. En courant alternatif au contraire, on peut transformer le courant à basse tension en courant à haute tension, et inversement, par des transformateurs statiques, d'entretien facile et d'excellent rendement.

 

 

8. La propagation de l'énergie électrique.

 

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On peut envisager, comme pour l'énergie mécanique, deux formes de propagation pour l'énergie électrique. Tout d'abord, la propagation par déplacement d'ensemble de particules matérielles, en l'occurence des électrons ou des ions positifs dans les électrolytes. Ce déplacement est initié par un gradient de potentiel au même titre que la propagation de la chaleur est initié par un gradient de température . Mais, en poussant la comparaison, on peut envisager un autre type de propagation, la propagation sans déplacement de matière, la propagation par ondes. On aborde alors le vaste domaine

des radiations électromagnétiques.

 

On peut en comprendre qualitativement l'origine à partir des expériences de Hertz, effectuées à la fin du XIX° siècle. On produit entre deux éclateurs des étincelles, analogues à la foudre, mais un dispositif approprié permet de les produire avec une grande fréquence ; ce qui revient à créer en une région de l'espace, un champ électrique rapidement variable, un champ électrique oscillant..

Plaçons maintenant à quelques mètres de cet oscillateur, un circuit électrique constitué par une simple boucle d'un fil conducteur, d'un condensateur et d'une petite ampoule : sous certaines conditions, la lampe s'allume, même si le circuit est placé dans une autre salle que celle de l'éclateur.

Interprêtons :

 

- la source crée un champ électrique variable, d'où résulte une étincelle, c'est-à-dire un courant électrique dans l'air analogue à la foudre. Ce courant électrique crée lui-même un champ magnétique en tous points de l'espace (propriétés magnétiques des courants), variable avec la fréquence du courant électrique. Mais les phénomènes d'induction associent à ce champ magnétique un champ électrique induit, en tous points de l'espace.

Le bilan de ces opérations : un déplacement du champ électrique dû à l'interaction électromagnétique et, de proche en proche, la propagation d'une onde dont le vibrateur est le champ électrique. Cette conclusion est corroborée par l'existence d'un courant électrique dans le circuit récepteur, conséquence du déplacement du champ électrique ;

 

- la propagation du champ s'est faite à travers le mur opaque qui sépare les deux salles, et qui arrête les radiations visibles. On peut en déduire que la propagation à travers les milieux matériels dépend de la fréquence de l'onde ;

 

- les radiations qui agissent sur le circuit électrique nous laissent totalement insensibles; elles n'agissent sur aucun de nos sens et se propagent sans s'inquiéter de notre présence;

 

La radioélectricité est née avec toutes ses applications qui vont révolutionner notre vie quotidienne.

Sans en développer l'historique, nous noterons cependant la rapidité des progrès accomplis sous le double impératif des nécessités de la guerre (le déploiement et le contrôle de forces armées à l'échelle du monde, durant la guerre 1939-1945, impliquant la mise en place d'un réseau de transmissions particulièrement complexe et fiable) et de l'extension des biens de consommation (en radiodiffusion, conquête du marché des récepteurs domestiques ; extension de la modulation de fréquence et de la "haute fidélité"; équipements au niveau mondial en postes de télévision de plus en plus performants).

 

C'est à la fin du XIX° siècle qu'on peut noter le premier transport d'un signal par un fil électrique (Bell, 1875) et quelques années plus tard, en 1896, Hertz montra la possibilité de transmettre au loin des informations sans support matériel, possibilité qui fut mise en pratique presque immédiatement par Branly et Marconi. La radioélectricité était née, la maturité que nous lui connaissons aujourd'hui était acquise en moins d'un siècle ; en moins d'un siècle, on pouvait passer du nasillement des postes à galène aux qualités sonores de la haute fidélité, de l'encombrement stérique des triodes à vide à la miniaturisation des circuits intégrés, de la propagation des signaux par câbles sous-marins aux relais soutenus par satellites, des messages Morse aux images télévisées.

 

Samuel Morse (1791-1872).

Il présenta en 1832 le premier système de télégraphie . La transmission filiaire est facilitée par l'utilisation d'un code constitué de signaux brefs et longs, appelé et gardé en mémoire sous le nom d'alphabet Morse.

 

 

Un progrès important, décisif même au niveau de la diffusion de la radioélectricité dans le grand public, fut la possibilité de convertir le signal électrique en signal acoustique, puis visuel. En d'autres termes, de transformer l'énergie électrique en énergie acoustique. Remarquons que cette opération n'intéresse pas la propagation de l'onde électromagnétique, mais quel serait l'intérêt de la radioélectricité si la réception de l'onde n'agissait pas sur nos sens ?

La conversion du signal électrique en signal mécanique remonte à l'invention du microphone (1876) et marque le début de l'ère des communicatons.

 

 

Alexander Graham Bell (1847-1922)

Inventeur du microphone, il est à l'origine de la diffusion de la radioélectricité dans le grand public et du développement des télécommunications.